02

oct.

Dalton Caldwell, d’App.net, est-il le nouveau Zuckerberg ? – #blogbus


Dalton Caldwell, 32 ans, est le fondateur et CEO d’app.net. Mais la manière dont il en est arrivé là est une plus longue histoire. Né au Texas, il est allé à l’université à Stanford, en Californie. Puis il est entré chez Symbolic Systems en 2003. Il était l’un des précurseurs du des réseaux sociaux en 2003 (consultez sa biographie sur wikipedia), du temps où Friendster était en vogue. Il a créé Imeem, qui était «à l’origine un réseau social installé sur le bureau, de type Skype, avec une approche pair-à-pair». À la suite de nombreuses versions, il s’est transformé en système d’échange de musique et s’est hissé au 75ème rang des plus gros sites mondiaux, et devenu «le premier système de téléchargement légal de musique». Imeem, tel qu’il avait été baptisé, a finalement été acheté par Myspace en 2009. Caldwell a aussi été récompensé dès 2008 par Techcrunch d’un «best mobile app award», à une époque où la mobilité était inconnue de la plupart des gens. Maintenant, vous commencez sûrement à comprendre. Dalton Caldwell est un vrai pionnier. Il peut tout démarrer, mais ce ne sera jamais une start-up ordinaire. C’est un vrai magicien, doublé d’un esprit brillant. Nous le retrouvons à l’origine du dernier buzz des réseaux sociaux de la Vallée … et dans le reste du monde. Imaginez qu’il a refusé une «acqui-embauche» de Facebook, qui aurait pu le rendre encore plus riche qu’il ne l’est déjà !

baseball

[app.net va-t-il se révéler comme la poule aux œufs d’or ? photo antimuseum.com]

Maintenant, est-ce qu’app.net remplacera Facebook avec Dalton Caldwell en nouveau Zuckerberg ? S’il porte les mêmes vestes à capuche, nul doute que son approche est entièrement différente. Et je dois admettre que j’aime beaucoup ça… Regardons de plus près app.net. Reprenons ensemble les notes prises pendant l’entretien qu’il nous a accordé la semaine dernière, lors du passage du Blogger Bus Tour dans le quartier de Soma*, à San Francisco :

Caldwell lance une application d’échange de photos avant Instagram et perd

Caldwell et ses équipes voulaient «faire quelque chose qui soit d’abord mobile». Quel que soit le succès immense d’applications comme Instagram et Pinterest, l’attention est vraiment sur le mobile. Facebook commence maintenant à comprendre cela, alors que les analystes critiquent l’incapacité de la société à gagner de l’argent sur le mobile, au moment précis où les utilisateurs passent d’Internet aux smartphones.

Il y a deux ans et demi, l’équipe a commencé à travailler sur une application mobile «pre-Instagram» d’échange de photos, dont le nom était Picplz. Après avoir levé les fonds, et compris qu’ils perdraient seulement la bataille contre Instagram, ils ont pris la bonne décision, fermé Picpliz, et se sont tournés vers l’étape suivante. Cela se passe souvent comme ça dans la Silicon Valley. Dans le monde des affaires de la haute technologie, des tournants de ce type ont lieu tous les jours. N’oubliez pas que Google a fini par devenir un moteur de recherche après que Yahoo! ait refusé d’acheter son algorithme (conformément au récit qu’en fait Scott Berkun dans Les mythes de l’innovation).

Caldwell refuse une acqui-embauche de Facebook

L’équipe a alors «fait une série de tentatives avec la même infrastructure». D’après Caldwell lui-même, «c’est la raison pour laquelle ils ont été capables d’en arriver si vite à App.net». L’idée initiale était d’aider des développeurs tiers à trouver la manière d’intégrer leurs applications dans Facebook ou Twitter. L’équipe de Caldwell a commencé à mettre en place davantage d’outils destinés à la plateforme Facebook. Après qu’opengraph ait abouti, cela a si bien fonctionné avec Facebook qu’ils voulaient leur offrir une «acqui-embauche». Cependant, Caldwell «n’était pas enthousiaste», pour reprendre ses propres mots. Un de ses amis a alors suggéré de ne pas se préoccuper des sites internet, et au contraire de se concentrer sur les API. C’était en 2008-2009. App.net n’était pas encore ce qu’il est aujourd’hui.

Les réseaux sociaux qui deviennent des sociétés publicitaires vont fermer leurs API

Si la plupart des réseaux sociaux comme Twitter et Facebook ont commencé comme API, et ont permis de bâtir des écosystèmes entiers autour d’eux, Caldwell explique qu’«ils ne pouvaient maintenir ce modèle en raison de la pression financière». A ce moment-là, un 1er juillet (un dimanche), il a rédigé un texte de blog (ce que Twitter aurait pu être), dans lequel il a évacué sa frustration. Il n’imaginait pas que son texte lui vaudrait autant de sympathisants, et qu’il était sur le point de commencer quelque chose de nouveau. Le texte du blog «a démarré avec des centaines de milliers de visites» (même s’il s’agissait seulement de quelques paragraphes). Dans cette contribution, Dalton Caldwell défend l’idée que «toutes les API seront fermées par les réseaux sociaux parce que [les réseaux sociaux populaires] sont passés d’un modèle de sociétés d’API à un modèle de sociétés publicitaires. Cela signifie qu’elles doivent tout contrôler».

S’ils décident de fermer leurs API, alors pourquoi ne pas mettre en place une API ?

«L’idée a alors été de construire une société d’API !», a poursuivi Caldwell. «La plupart des gens ignorent à quel point les choses vont mal, et ils s’apercevront dans quelques mois que certaines applications ont cessé de fonctionner», a-t-il ajouté.

[apps.net : page du fil mondial]

Financement participatif… une question de semaines

C’est ce qui a donné à app.net une interface qui «ressemble à ce dont Twitter avait l’air en 2007», a encore ajouté le jeune entrepreneur. Il s’agit seulement d’un concept puisque cette interface n’a pas pour objet de remplacer Twitter. Il est proposé aux développeurs de construire des applications dessus. Imaginez un jeu d’échec en réseau, par exemple, entièrement construit sur l’API commune, et puisant dans la base utilisateurs commune.

En quelques semaines, le nouveau projet a rapidement attiré 10 000 utilisateurs. Cela a permis à la société d’atteindre, fin août, l’objectif de 500 000 dollars qu’elle s’était elle-même fixée. «C’est la manière dont fonctionnent les start-ups», explique Dalton : «si YouTube avait été lancé six mois plus tard ou plus tôt, cela n’aurait pas marché. Les médias sociaux lui ont permis de réussir, pas nous. Nous sommes maintenant juste en dessous de la barre des 20 000 utilisateurs. Je n’ai aucune idée du temps qu’il nous faudra pour atteindre les millions. Peut-être cela n’arrivera-t-il jamais. En fait, cela dépend de si quelqu’un met en place une super application à partir de l’API App.net», indique-t-il en conclusion.

Beaucoup de personnes en colère

Caldwell a admis avoir mis de nombreuses personnes en colère. En quelques lignes, il a mis le doigt sur une question fondamentale, qui empoisonnait le développement actuel des médias sociaux. Les réseaux sociaux ont été développés avec l’idée que le marketing pourrait être fait différemment. Il y a à peine trois ans, le monde bruissait du concept d’Effet Whuffie, que l’on devait à Tara Hunt. Il s’agissait d’un ouvrage fondateur plaçant le capital social au-dessus de la valeur financière. Avec la course à l’argent – qui s’est encore aggravée avec l’introduction en bourse de Facebook – tout ceci est bel et bien fini. Nous restons seuls face à la publicité, et j’admets partager la frustration de Caldwell. C’est la frustration que j’avais déjà rendue publique il y un an et demi en tant que Président de Media Aces en France.

«Nous mettons en place un modèle de protection des données personnelles, et nous n’allons pas imposer un modèle économique», a conclu Caldwell. «Ceux qui élaborent les meilleures applications seront récompensés, et il existe au moment où nous parlons six plateformes de téléchargement», a-t-il ajouté.

Adopter cette philosophie… cela vaut bien 50 dollars

Difficile de dire si App.net va progresser jusqu’à des millions d’utilisateurs comme d’autres plateformes. En fait, la société ne se positionne pas du tout au au même niveau. De toute façon, pour des vétérans des réseaux sociaux comme moi, Caldwell a parfaitement raison dans son approche. À mes yeux, cela vaut bien 50 dollars. Après tout, app.net peut bien rester le réseau social d’un petit groupe de privilégiés désirant échapper aux coupures marketing, et à l’utilisation des données personnelles et contenus par les sociétés publiques. Ne serait-ce juste que pour ça, j’ai envie de rejoindre App.net et de soutenir Dalton et ses équipes.

Après tout, Caldwell n’est peut-être pas le prochain Zuckerberg. Mais l’inverse est également possible. Ce qui est petit est beau !

Notes

*Soma = au Sud de Market (quartier central de San Francisco se trouvant au Sud de « Market », un axe majeur du centre de la ville).

Yann Gourvennec
Yann Gourvennec

Director, Web, Digital & Social Media at Orange Group

+

Yann Gourvennec is Director Web, Digital & Social Media at Orange Group. He has dealt with Marketing and innovation for 20 years. He created the http://visionarymarketing.com website in 1996.


Restez informé! Suivez moi sur twitter

Poster un commentaire

Aucun commentaire

Les commentaires sont fermés.