Gilles Bourdos nous plonge dans l’univers de l’un des peintres les plus célèbres au monde, au crépuscule de sa vie avec beaucoup d’émotion. Il réussit à recréer l’ambiance des tableaux d’Auguste Renoir, on y retrouve les paysages du Sud de la France peints par de nombreux artistes de l’époque, les couleurs sont chatoyantes et flamboyantes à l’image de la chevelure rousse du dernier modèle du peintre. Celle-ci est d’ailleurs magnifiquement imagée dans un plan où la peinture orange du pinceau se délie dans le récipient d’eau de l’artiste.
Dans la scène de la première rencontre entre Auguste Renoir et Andrée, le réalisateur rappelle l’importance des mains pour l’artiste lui qui disait « Aujourd’hui, nous avons tous du génie, c’est entendu : mais ce qui est sûr, c’est que nous ne savons plus dessiner une main. » Un joli clin d’œil quand on sait l’importance de ce détail du corps humain dans l’œuvre de Renoir.
Ce film peint le portrait de Renoir, un vieil homme bourru et exigeant mais avec un regard rempli de tendresse et d’admiration pour ce génie de la peinture qui n’aura jamais lâché ses pinceaux malgré les outrages de la maladie. L’interprétation de Michel Bouquet est remarquable de justesse, il incarne le personnage avec un tel naturel que cela en devient bouleversant. J’ai été ainsi émue aux larmes devant la souffrance de ce vieux peintre atteint pas des douleurs atroces. Emue aussi par la beauté des dialogues : des petits poèmes en prose, des répliques justes, pleines de sagesse, d’humilité et de passion. On aurait souhaité connaître ce maître de l’impressionnisme et apprendre de lui.
Christa Théret que l’on a pu voir dans « LOL » ou « Le bruit des glaçons » n’interprète pas toujours Andrée avec justesse et certaines répliques sonnent clairement faux. Mais sa candeur et sa beauté extraordinaire effacent ses imperfections, et l’on se dit que le réalisateur ne pouvait pas trouver meilleure actrice pour interpréter La Rousse de Renoir.
On y découvre aussi que c’est elle qui a amené Jean Renoir au cinéma, c’est grâce à cette histoire d’amour qu’il est devenu le cinéaste que l’on connaît tous. Incroyable destin pour ce fils Renoir qui a échappé à la guerre. Le film entier baigne dans ce romantisme, celui que l’on retrouve dans les peintures de l’artiste, cette volupté, cette souplesse et ce côté « flottant » que Renoir voulait illustrer sur ses peintures. La vie de ces personnes était effectivement digne d’être portée à l’écran tant elle paraît tout droit sortie d’une fiction.
Plus qu’un biopic, c’est un film d’artistes sur l’Art, à travers la peinture et le cinéma dont on voit les prémices et qui sera la discipline choisie par l’héritier du maître. On est bien loin des métaphores élitistes et obscures – pour ne pas dire prétentieuses – de Holy Motors de Leos Carax ou Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas. Et ça fait du bien ! Loin de l’art contemporain d’arts et d’essai que nous sert ce 65e festival de Cannes, c’est donc dans la compétition Un certain regard que j’ai enfin trouvé l’émotion que je recherche au cinéma. Certes la fin du film tire en longueur et il aurait mérité d’être raccourci de 20 bonnes minutes. Mais c’est un beau film français : les images, les dialogues, les personnages, les costumes, les paysages…l’ensemble vous fait voyager dans l’Histoire aux côtés d’un génie du siècle dernier. Vous ne regardez plus ses peintures avec le même regard après avoir vu ce film.





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