par Jessica Gauzi, blogueuse invitée par Orange au Women’s Forum
Le 3e jour est arrivé si vite et ce sera le dernier, sous un ciel de Normandie qui s’est éclairci. Avant de démarrer les sessions, je retrouve avec plaisir l’infographie de la veille, format de données court et percutant, que le Women’s Forum a instauré avec succès cette année.
Sur le corner “Women in Engineering”/CO-INNOVATE, j’assiste à une session Discovery sur : “faut-il récompenser l’innovation?” En présence de Maria Harti, CEO d’idTGV à la SNCF, le Professeur d’économie Michael Gibbs a présenté les résultats d’une étude qu’il a mené sur le thème : l’incentive financier motive-t-il ou crée-t-il un biais dans l’innovation, la créativité ?

Maria Harti (CEO d’idTGV) et le Pr. Biggs expliquent l’impact de récompenser ses employés pour leurs innovations
Et il s’avère qu’une récompense financière ne génère pas plus de propositions. Mais les idées qui en découlent sont meilleures car sans doute plus travaillées pour se donner plus de chance de “gagner” et celles des employés de niveaux bas sont davantage acceptées. C’est donc un facteur très positif ! Il n’y a par contre aucune différence entre le nombre de propositions faites par des femmes ou des hommes, mais celles des hommes sont vraisemblablement plus acceptées… tout autant que celles initiées en équipe.
Suite à ces données, Maria a présenté le process d’innovation à la SNCF, qui a dernièrement permis de lancer le nouveau service idBUS. Certes, ce n’est pas une idée disruptive, mais elle entend apporter plus de confort aux consommateurs qui voyagent en bus, avec un positionnement premium.
Les points à retenir sont :
- l’innovation émane de la phase d’ “idéation” couplée à celle de la création (en résumé, la R&D et les ingénieurs doivent collaborer avec les opérationnels, les marketeurs aussi, le plus tôt possible)
- on ne doit pas récompenser l’idée, mais l’innovation, si elle a été mise en place. Car cela inclut toute l’équipe qui y aura participé, et pas seulement un individuel.
- la récompense peut être autre que financière, il peut d’agir d’un prix, d’une soirée, d’une expérience à vivre, voir d’un voyage pour aller à la découverte d’un pays où l’entreprise se développe
- et il ne faut pas hésiter à utiliser l’innovation comme un outil de management et de “team-building”, puisqu’on peut motiver son équipe à atteindre un résultat ensemble, qu’il soit positif ou négatif.
Parce que le Women’s Forum parle société et économie, au travers de la voix d’experts, il laisse aussi la place aux artistes et aux témoins de la réalité visible sur le terrain. C’est ainsi que j’ai pu écouter le récit du photographe Nick Danziger, qui parcourt le monde pour rapporter des images poignantes de cette réalité, qui est encore trop loin de nous. En 25 ans de photos, une partie de ses clichés servent à documenter le projet: “Millennium Development Goals” des Nations Unis pour éradiquer la pauvreté d’ici 2015
Il a parfois voyagé clandestinement en Afghanistan. Comme les deux mois passés où il n’a pas vu une seule femme… sauf une vielle femme, au loin, réprimandée par les hommes. Des femmes y sont emprisonnées dans des asiles psychiatriques. Où elles peuvent être enfermées dans des cages. Si elles deviennent violentes, on les attache au mur.
On sait bien qu’en période de guerre, femmes et enfants sont les plus vulnérables. Aujourd’hui, les filles ne vont pas à l’école. Les femmes ne travaillent pas. Elles ne peuvent pas aller chez le médecin ; leurs maris, pères, frères leur interdisent ! Ailleurs, il a pu voir des centaines femmes faisant la queue devant une boulangerie dès 5h du matin à -20°C pour avoir des rations de pain.
Les histoires qu’il partage sont horribles : celle de cette mère morte en donnant naissance à des jumeaux. Leur tante les a récupérés, mais elle n’a pu ramener qu’un seul des bébés car elle n’avait pas d’argent pour payer le ticket de bus du second…
Ou encore Bridget, 15 ans, qui n’avait pas le dollar nécessaire pour se payer son cahier pour l’école ; elle a donc dû coucher avec un homme pour cette somme. Lorsqu’il est revenu quelques années plus tard, le photographe a retrouvé Bridget : elle est séropositive.
Cette photo d’une salle de classe en Uganda où 143 enfants “étudient”, et où il n’y a même plus de craie en fin d’année pour faire cours. Et si l’enfant vient sans uniforme, qu’il doit acheter (mais avec quoi?), il est alors puni et doit laver les toilettes.
Et Salvy, atteinte du SIDA, que sa fille voulait emmener à l’hôpital ; faute d’argent pour payer un taxi, sa mère meurt 24h plus tard à terre sous ses yeux.
Il rencontre Chana, dont la grand-mère est morte et a laissé toute sa fortune, 25$. Elle avait dit que l’argent devait être bien utilisé. Les parents ont acheté une balance. Chana (en photo ci-dessous) est assise sur toute la fortune de sa grand-mère, bêtement gaspillée par ses propres parents.
En Afghanistan, les images récentes sont dures. En un an, 2500 femmes se seraient immolées. L’une d’entre elle, qui culpabilisait d’avoir fait une fausse couche, a survécu, mais imaginez dans quel état….
Nick enchaîne avec des photos de magasins, ouverts, vides, n’ayant rien à vendre depuis des mois. La famine, l’extrême famine, est sous nos yeux. En Somalie, une femme a marché 3 heures car elle avait entendu qu’il y avait une source d’eau. Sous 42°C, elle a marché tout en portant son bébé, précédée de son petit enfant. Ils marcheront 3 heures pour revenir avec à peine quelques litres d’eau.
Il y a quand même des signes positifs. Car les femmes ont du courage. En Afghanistan, 12 femmes conduisent une voiture, alors qu’elles n’en n’ont a priori pas le droit. Il y a aussi cette femme élue au Parlement, qui doit être protégée par un garde du corps 24h/24 et 7 jours/7. Dans une classe, où 24 filles témoignent -et dont seulement 3 ont une mère lettrée- elles disent vouloir devenir docteur, ingénieur, et même Présidente de leur pays.
Alors, oui, c’est dur d’être optimiste après de telles images. On réalise à quel point la misère de beaucoup de femmes dans ces pays sous-développés est énorme. Et on ne peut y rester insensible. D’ailleurs, c’est le souhait de Nick : faire prendre conscience, au plus haut niveau, en montrant son travail, pour inciter les leaders à agir, vite.
Les clichés ci-dessous sont extraits de l’exceptionnel oeuvre photographique de Nick Danziger (© Copyright) que vous pouvez découvrir sur son site http://www.nickdanziger.com/index/photography/humanitarian, ou en partie dans un magnifique livre intitulé “Onze femmes face à la guerre“.
Certains leaders agissent justement, et je voudrais vous parler de l’intervention de Jacques Attali, président de PlaNet Finance. Venu réfléchir sur l’idée que les technologies connectées pouvaient accélérer la croissance, il a présenté la plateforme de micro-crédit Micro World (ONG membre du même groupe que PlaNet Finance).
“La technologie est là, plus que jamais, et son potentiel est énorme” à tous les niveaux. Et ce qui est formidable c’est qu’elle peut être utilisée par les très pauvres, pour les très pauvres. On note aujourd’hui qu’il y a 1,5 milliards de téléphones mobiles dans le monde. Permettant un accès à des services bancaires et financiers, comme au Kenya ou aux Philippines, où c’est une révolution pour bon nombre de pouvoir recevoir ou émettre des transferts d’argent.

Jacques Attali illustre les nouvelles technologies, facteur de croissance, avec le système de micro-finance.
Il y a évidemment des aspects néfastes, mais comme tout outil qu’on confie à l’Homme, précise Jacques Attali. De même qu’un marteau peut servir à tuer, nous dit-il, il sert surtout à bâtir une maison. C’est une question de gouvernance et d’éthique.
Ce qui est aussi intéressant avec la technologie, c’est qu’elle n’est pas liée au genre. C’est une chance pour les femmes. Elles sont d’ailleurs autant que les hommes à avoir leur micro-entreprise. Dans le monde, il y en aurait déjà 2,5 millions. Dont l’impact social est avéré : 5% des micro-entrepreneurs sont déjà sortis de la pauvreté et tous leurs enfants ont une chance d’aller à l’école.
Alors aujourd’hui, les choses peuvent bouger vite ; grâce à la technologie et la force du réseau qu’elle permet de créer, n’importe qui, n’importe où peut mettre un projet en ligne. De l’autre côté, de la même manière, on peut y participer financièrement, sous forme d’un prêt remboursé dans 98% des cas.
Comment ça marche le micro-crédit ? c’est simple et cette vidéo vous en dira l’essentiel en une minute:
Internet est un outil fabuleux… par microworld_planetfinance
Pour finir, Jacques Attali suggère d’offrir un “crédit” à ses amis, sa famille, pour les fêtes ou un anniversaire. Ça peut aider à montrer aux enfants une facette du monde de manière constructive, en investissant avec eux dans un projet. Excellent moyen de former, d’éduquer, encore et toujours !
Alors, quand le forum conclut avec la conférence en se demandant “what new leaders and leadership for new growth models?”, je me dis que ce ne sont pas les idées qui manquent à présent. Mais juste un passage à l’acte de notre part, de nos leaders, en ayant juste du courage et des convictions.

En écho à la première plénière, c’est Raghida Dergham qui anime avec autant de brio ce dernier débat. Les invitées sont : Clara Gaymard, Présidente et CEO de GE France, Lindiwe Mazibuko, cette députée d’Afrique du Sud et Rising Talent 2012 au Women’s Forum (seulement 32 ans), la journaliste Christine Ockrent et Melanne Verveer, Ambassadeur des Etats-Unis en charge de la condition des femmes dans le monde.
C’était dense et j’aurais envie d’en retenir quelques “insights”.
- D’abord, qu’une femme leader doit avoir -beaucoup- de qualités comme l’humilité, savoir écouter, avoir du courage et de l’ambition. Sans être une super-woman… ah bon, vraiment ?
- Ensuite, quand une femme atteint le pouvoir, elle doit toujours prouver de quoi elle est capable. Une forme d’humilité, soutient Clara Gaymard, elle-même à un niveau de haute responsable semble être restée humble.
- On ne doit pas avoir peur de faire de la discrimination positive, précise aussi Christine Ockrent, s’il n’y a pas d’autres moyens.
- Et enfin, pour que nos messages passent, il faut 2, 3 ou 4 femmes, de toutes les diversités, de tous les horizons, qui défendent la même idée.
En sortant du Centre International de Deauville, le ciel est dégagé, et un magnifique soleil nous surprend. Avec mes acolytes, Céline, Alexandra et Raphaëlle, nous sommes enchantées même si épuisées… En direction de Paris, nous continuons d’échanger, c’est toujours un bonheur. Je réalise que l’éducation est certes l’un des remèdes clés, qui ne nous mènera à rien sans la sacro-sainte confiance que nous devenons gagner et renforcer tout au long de notre parcours. Le chemin est encore long, mais la route est fluide.











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