Si seulement Almodovar avait pu en être le metteur en scène, peut-être aurions-nous eu le plaisir de voir un thriller rempli de clarté, de passion et avec une palette vive. Au lieu de cela, The Paperboy est peut-être le film le plus faible de la sélection de cette année. Daniels est incapable de créer une histoire cohérente et n’a pu résister à son désir de fioritures visuelles.
Synopsis : C’est l’histoire d’un jeune homme qui revient dans sa petite ville de Floride pour aider son frère, journaliste, à découvrir la vérité sur un homme condamné à mort, qui a peut-être été accusé à tort. Au cours de l’histoire, il tombe amoureux de la maîtresse du détenu. Conflits, danger, déception, séduction et trahison s’ensuivent.
Acteurs : Nicole Kidman, Matthew McConaughey, Zac Efron, John Cusack, Macy Gray
Il est en fait tout à fait justifié de se demander si The Paperboy n’a pas été sélectionné à Cannes cette année pour la seule raison de garantir la présence de Nicole Kidman et Zac Efron sur le tapis rouge, et la frénésie médiatique qui s’en est suivie. Ce film apathique et inutile n’a simplement rien à faire dans la même catégorie que des œuvres réellement excellentes telles qu’Amour, De rouille et d’os et Killing Them Softly.
Le film n’est pas sans points positifs. On parlait de Kidman pour le prix de la meilleure actrice avant Cannes et sa prestation provocante dans le rôle d’une femme fatale, Charlotte Bless, une bombe blonde vieillissante avec un penchant pour les correspondants prisonniers, est l’aspect le plus fort du film. Zac Efron n’a peut-être pas le talent nécessaire pour convaincre dans le rôle du jeune homme tombant amoureux d’une Charlotte sexy et déséquilibrée mais la performance explosive de Kidman lui en donne au moins le prétexte.
On peut aussi trouver au beau milieu de The Paperboy un thriller procédural intéressant, avec un Matthew McConaughey qui semble être prêt pour un grand rôle au cinéma, sans comédie romantique ou Kate Hudson. C’est aussi merveilleux de voir John Cusack se donner à fond dans le rôle de Hillary Van Wetter, le tueur vicieux, potentiellement innocent, après tant d’années de vache maigre.
Malheureusement, Daniels doit assumer la responsabilité d’avoir gâché le bon travail de ses acteurs (Zac Efron est complètement dépassé dans son rôle alors que son personnage devient plus émotionnel et central à l’intrigue) avec une série de choix directoriaux inexplicables.
Daniels utilise la narration par l’ancienne bonne de la famille de McConaughey et Efron, Anita (Macy Gray), comme outil de cadrage, ce qui non seulement réduit l’impact de l’action à l’écran en nous expliquant ce que Daniels devrait nous montrer, mais a également une logique douteuse. Anita semble avoir des souvenirs précis d’événements auxquels elle n’a pas assisté et, dans un épisode extrêmement étrange, elle s’adresse directement à l’audience pour nous dire que nous n’avons pas besoin d’assister plus longtemps à une scène de sexe.
Les indulgences visuelles de Daniels ne se sont pas améliorées depuis Precious, et quand il ne ralentit pas l’élan narratif en nous servant une séquence de danse interminable et inutile entre Efron et Kidman, il renchérit sur la perfection avec des ralentis, des plans superposés et des astuces de mises au point. Il a également réussi à surpasser Sylvie Verheyde, donc la prise de vue anachronique avec une caméra tenue à la main dans le tournage de l’affreux Confession d’un enfant du siècle semble maintenant très assurée comparé au travail de caméra indiscret et tremblant de Daniels.
Daniels a esquivé une confrontation essentielle en changeant de plan trop tôt, a décidé de gérer le départ d’un personnage central du film avec une réplique désinvolte et, sans doute dans la scène la plus étrange de Cannes cette année, a inclus une séquence dans laquelle Kidman urine sur Efron alors qu’il a été piqué par une méduse.
Daniels a inséré quelques références rapides au mouvement des droits civiques alors qu’il essayait maladroitement de ficeler l’histoire mais semble avoir accorder moins d’importance au montage précis du film qu’à montrer Efron en sous-vêtements le plus souvent possible. McConaughey, sans doute pour la première fois de sa carrière, se montre torse nu une fois seulement.
Non seulement The Paperboy ne produit pas le résultat escompté – il mérite d’être renvoyé immédiatement.





Aucun commentaire