Ce film trouve-t-il son origine dans la nostalgie d’une expérience de scoutisme que vous auriez vécue dans votre enfance ?
Non, [c’est] mon souvenir de ce qu’est le sentiment de tomber amoureux à cet âge – c’est ce genre d’inspiration pour l’ensemble du film. Le cadre ne vient pas de mon expérience ni de celle de [mon co-auteur] Roman Coppola.
Alors, le fait de planter le décor dans un camp de scouts sur cette île est un choix totalement arbitraire ? Vous aviez seulement envie d’un cadre pastoral, datant du milieu des années 1960 ?
Oui… De toute façon, il s’agit d’une fiction. Je repense à cette île que j’ai visitée il y a une quinzaine d’années, mais cela ne remonte pas à mon enfance. C’est juste une source d’inspiration pour situer le décor de mon film. Il s’agit d’un lieu sans voitures, dont le seul accès possible se fait en ferry. Lorsque vous visitez cette île, c’est un peu comme remonter le temps. Mais en aucun cas, ce n’est [un univers] qui me vient de mon enfance.
Diriez-vous que vous êtes une personne nostalgique ou mélancolique ?
Ni l’un ni l’autre, en particulier. En effet, je n’ai pas le sentiment que j’étais plus heureux quand j’étais petit. Je me sens bien plus heureux maintenant que je fais des films plutôt que quand je devais aller à l’école. Mais pour moi, le cinéma est un genre de comédie, mais une comédie plutôt triste.
Mais alors pourquoi vos films donnent-ils si souvent l’impression de se situer dans le passé ?
L’année 1965 pour situer ce film en particulier correspond à un choix spontané de ma part, qui m’est apparu alors que j’étais en train d’écrire le rôle du narrateur et j’ai alors commencé à réaliser avec de plus en plus d’acuité que cette date marquait la fin d’une période d’innocence pour l’Amérique, et la fin de l’été.
Le casting du film est incroyable. Certains acteurs ont déjà collaboré avec vous ; d’autres ont, avec ce film, travaillé avec vous pour la première fois. Pouvez-vous nous dire comment vous choisissez vos acteurs ?
Certains acteurs avec lesquels j’ai déjà travaillé auparavant sont des acteurs que j’adore voir à l’écran. Pour moi, c’est donc un pur luxe que de les avoir à nouveau à mes côtés. Avec Edward Norton et Tilda Swinton, nous avions entretenu une petite correspondance au fil des ans et j’espérais depuis longtemps pouvoir travailler avec eux. Je connais Frances McDormand de longue date. Quant à Bruce Willis, j’aimais l’idée d’utiliser ce qu’il est, mais pour en faire un personnage qui est un policier, mais un policier solitaire, triste et déjanté.
C’est toujours un plaisir de voir Bill Murray à l’écran, mais comment est-il dans le travail ?
C’était notre sixième film ensemble. J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à travailler avec Bill Murray, dès le premier film que nous avons fait ensemble, mais à chaque fois, j’ai l’impression que c’est encore mieux. Non seulement il donne vie à mes personnages d’une manière tout à fait exceptionnelle, mais en plus il amuse la galerie sur le tournage.
Est-ce flatteur d’avoir des acteurs de ce calibre dans vos films et voulez-vous faire partie de leur vie ?
Je suis toujours très excité à l’idée de travailler avec de nouveaux acteurs que j’admire, ou que je rencontre fortuitement. C’est toujours encourageant de travailler avec quelqu’un d’enthousiaste – c’est parfois ce qui fait le charme de travailler avec des enfants : ils vous laissent croire qu’ils sont totalement investis dans ce qu’ils font.
Dans vos films, pourquoi les enfants sont-ils souvent plus intelligents que les adultes ?
Moi, j’ai le sentiment qu’ils sont égaux. Dans Moonrise Kingdom, les enfants sont ceux qui savent vraiment ce qu’ils veulent, plus que les adultes. Ils sont donc peut-être un petit plus efficaces, ils ne laissent personne les empêcher de faire ce qu’ils veulent.
Est-ce le message du film, à savoir que les enfants sont les seuls à savoir vraiment ce qu’est l’amour ?
C’est certainement le cas dans cette histoire. [Sam et Suzy] sont les plus lucides par rapport à ce qu’ils veulent. Mais ils ne peuvent avoir qu’une vision à court terme de l’amour. Je ne sais pas où ils vont, ni pendant combien de temps ils prévoient de s’absenter. Et je ne crois pas qu’ils le sachent eux-mêmes.
Sur le plan technique, le tournage de ce film a-t-il été l’un des plus difficiles pour vous, compte tenu de la longue séquence après la tempête ?
Oui, c’était le genre de film difficile à réaliser et il a pris de plus en plus d’ampleur à mesure que nous avancions. Mais je dirai que nous étions très organisés sur ce film, nous étions un peu mieux préparés que je ne l’ai été auparavant.
La direction artistique est un volet important dans vos films. Quelle est la marge de manœuvre dont dispose le directeur artistique ou le décorateur sur un film de Wes Anderson ? Est-ce que tout est déjà pensé et réfléchi ou s’agit-il d’un processus collaboratif ?
C’est un processus très collaboratif. En général, nous consultons quantité de références différentes et nous recherchons des idées. Sur ce film, j’ai travaillé avec Adam Stockhausen avec lequel j’avais déjà travaillé auparavant et il est très fort. Pour The Darjeeling Limited, nous avions dû construire cet énorme train et, pour le faire circuler dans toute l’Inde, nous avions dû obtenir toutes les autorisations requises. C’est Adam Stockhausen qui s’en était chargé. Selon moi, il existe, sur le tournage de mes films, un point très important pour un directeur artistique, il faut qu’il ait la force nécessaire pour faire en sorte que les choses se fassent, même si a priori ce n’est pas évident…
Est-ce que la marque distinctive de vos films est quelque chose qui a toujours été prévu, dès le départ ?
En général, avec mes films, j’essaie de créer un univers dans lequel se déroule l’histoire qui soit différent de la réalité et j’espère qu’il va s’agir d’un univers dans lequel le spectateur n’a encore jamais mis les pieds. Mais mon propre style de films est similaire à mon écriture, à savoir que je ne le contrôle pas véritablement de manière consciente. J’essaie en général de faire quelque chose de différent de ce que j’ai fait au préalable. Mais souvent, ce que les autres voient et le résultat auquel je parviens, c’est qu’il existe de nombreux liens entre mes films, et ce n’est pas nullement volontaire de ma part.
Est-ce un soulagement de revenir à un tournage avec des acteurs en chair et en os après les difficultés rencontrées au niveau de l’animation lors de la réalisation de Fantastic Mr. Fox ?
Et bien, j’ai pris énormément de plaisir à faire ce film. Mais effectivement, c’est tout un processus de travailler avec des acteurs sur un film animé et c’est autre chose de travailler avec des animateurs. C’est un peu comme travailler avec des acteurs car les animateurs apportent leur personnalité dans la manière d’interpréter une scène. Mais ce qui manque dans un film animé, c’est ce court moment de pure folie qui se produit lors de la production d’un film, et qui peut être hilarant. Avec un film d’animation, il n’y a jamais cette intensité.
Avez-vous apporté à ce film, lors de son élaboration, des éléments tirés de votre expérience acquise lors du tournage de Fantastic Mr. Fox ?
Pour certaines scènes, nous avons construit les décors sur ce film alors que dans le passé, je me serai déplacé sur site. S’agissant de l’animation des storyboards, c’est quelque chose que je n’avais pas vraiment pratiqué auparavant. Spielberg fait, lui, de la prévisualisation pour ses films depuis les années 1970, mais moi, je ne l’avais jamais fait. C’est pourtant très utile.
Quid de l’écriture d’un film ? Est-ce difficile ?
[Moonrise Kingdom] m’a pris beaucoup de temps et j’ai été très aidé [par Roman Coppola]. En revanche, j’ai déjà terminé l’écriture de mon nouveau script alors que je pensais qu’il me faudrait un an de plus, mais c’est allé très vite.
Quel en est le scénario ?
C’est un peu un… secret! (rires). J’ai déjà le titre… L’histoire se passe en Europe, j’ai toujours voulu y faire un film. Mais je ne sais pas où exactement.
Selon vous, qu’est-ce qui fait le plus la différence entre les films hollywoodiens et les films européens ?
L’espèce de processus traditionnel qui fait que les studios de cinéma américains ne sont pas vraiment dirigés par la réalisation. Mais il y a d’énormes exceptions à cette règle : un film de Chris Nolan est bien dirigé par Chris Nolan, ils vont y consacrer des fortunes, mais il demeurera un film très personnel. Alors plutôt que les généralisations, j’ai tendance à voir les exceptions. J’ai toujours été attiré par le cinéma français en particulier, par les films d’auteur et certains de mes héros sont français.





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