Le Forum d’Avignon 2012 aura lieu du 15 au 17 novembre au cœur de la Cité des Papes et le blog live Orange aura la chance d’être sur place pour vous relater l’évènement. La semaine passée, nous sommes partis à la rencontre de Laure Kaltenbach, directrice générale du Forum d’Avignon, qui a évoqué le fil conducteur de cette cinquième édition, les ambitions et les enjeux de ce Forum et le rôle que la culture et les créatifs pourraient jouer face à la crise.
Laure Kaltenbach, le Forum d’Avignon, c’est quoi au juste ?
Le Forum d’Avignon c’est d’une part une grande manifestation internationale qui en est à sa cinquième édition cette année avec 450 personnes venant de 40 pays différents : 60 artistes, un peu plus de 200 personnes du monde de l’entreprise, des personnalités politiques, mais aussi des étudiants, des philosophes, des professeurs, des gens qui viennent de tous les horizons.
Le Forum d’Avignon, c’est également un laboratoire d’idées qui travaille sur les liens entre la culture et l’économie. On fait des études internationales sur les questions d’attractivité des territoires, d’innovation numérique et du financement de la culture.
Pourquoi le forum a lieu à Avignon ?
Quand il a fallu trouver un lieu pour faire un forum international de la culture et de l’économie, il fallait à la fois un lieu qui soit proche de Paris, pour permettre aux gens du monde entier de pouvoir y participer, et pas trop proche de Paris, pour que les gens restent sur place et que l’on puisse passer deux jours ensemble à vraiment réfléchir. Avignon fut la solution de l’équation tout en étant une ville de culture où il y a un patrimoine matériel et immatériel, avec le Festival d’Avignon, le Palais des Papes, la collection Yvon Lambert : c’est un lieu magique !
Qui sont les acteurs majeurs de cette édition 2012 ?
Comme toujours, le Forum est un mélange équilibré; c’est d’ailleurs sa grande particularité par rapport à d’autres. Ce qu’on aime c’est le mélange : les mélanges d’approches, de pays et de profils. Pour chacun de nos débats, on a des intellectuels, des politiques, des personnalités du monde de l’entreprise et des artistes. Et sur chacun des thèmes on essaye de les faire dialoguer. Plutôt que d’avoir des musiciens qui parlent à d’autres musiciens ou des philosophes qui parlent à d’autres philosophes, ce qui nous intéresse, c’est de voir comment chacun va croiser son point de vue sur un thème en associant des profils différents. Cette année nous recevrons des personnalités telles que le chanteur Youssou N’Dour, le réalisateur israélien Amos Gitaï, le violoniste Renaud Capuçon, le contre-ténor Fabrice Di Falco, et puis des personnalités politiques et des grands patrons comme Pierre-Karl Péladeau, le patron de Québecor, ou encore Rick Cotton de NBC Universal.
Comment se passe le recrutement de toutes ces personnalités ? C’est vous qui les démarchez où vous contactent-elles pour participer ?
Il y a un vrai lien entre la manifestation et le laboratoire d’idées. En fonction de nos thèmes, l’idée c’est de trouver des personnes qui vont correspondre au débat que l’on va avoir. C’est un travail de fourmi réalisé par l’équipe (merci internet d’ailleurs !) pour nous aider à aller dénicher des gens très connus et d’autres qui le sont moins, pour réussir ce mélange multi-générationnel. C’est donc bien nous qui allons chercher tous ces gens différents. Mais nous sommes aussi sollicités et certaines personnes nous suggèrent des interventions.
Cette année, le Forum est centré autour de 5 études. Comment s’effectue la sélection de ces études ?
Depuis la création du laboratoire d’idées, il y a environ une vingtaine d’études, toutes internationales, qui sont centrées sur les champs de la culture de l’innovation numérique, la culture du modèle économique et du financement, et la culture de l’attractivité des territoires. On a défini les études 2012 avec le conseil d’orientation : on choisit un thème – cette année on a un joli thème avec «les raisons d’espérer pour, par et à travers la culture», pour répondre au pessimisme ambiant – et à partir de ce thème, que l’on a défini il y a à peu près 18 mois, on tire la pelote en se disant quels sont les angles qui pourraient être intéressants. On en a donc envisagé plusieurs : on a parlé de l’imagination, parce que tout le monde parle d’innovation mais ce qui nous intéressait, c’était de parler de l’imagination, car on a tous ça en commun, et parler de la transmission. Quand on veut parler de ces sujets-là, il faut trouver des thématiques qui intéressent les entreprises et les artistes, et donc on définit les thèmes par rapport à ça.
Selon vous, où en est la culture aujourd’hui et quels sont les enjeux de ce Forum d’Avignon 2012 ?
Très modestement, ce que l’on essaye de faire, c’est de parler des liens féconds entre la culture et l’économie. Parfois on oppose ces deux mondes et nous on essaye de faire le contraire… Pas par angélisme, mais simplement parce que nous voulons montrer que la culture, les arts et les médias apportent énormément au reste de l’économie ; pas uniquement en termes d’emplois, de points de PIB et de croissance, mais également en termes de sens que cela apporte. Ce sont des projets qui nous unissent. Par exemple, on ne se connait pas très bien, mais il suffit que l’on discute tous les deux et très rapidement, on va parler de culture, du dernier film qui nous a fait rire, de musique… Et c’est pour incarner la culture, pour ne pas être justement théorique, que l’on a essayé de faire ce Forum, pour pouvoir évoquer le fait que la culture est un secteur économique très important : cela représente 1300 milliards de dollars dans le monde, en Europe c’est entre 7 et 8 millions d’emplois directs, ça représente entre 3 et 5 points du PIB en Europe… Et pour autant, c’est tellement essentiel car c’est ce qui nous unit tous.
Est-ce que vous pensez que les créatifs peuvent contribuer à se sortir de la crise dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui ?
C’est exactement ça le discours du forum, que l’on porte depuis l’origine. Les créatifs sont à la fois porteurs de sens et créateurs d’emplois. On a cette intime conviction : chaque année dans le cadre du Laboratoire d’idées et encore cette année ce dont on va dialoguer au Forum, c’est pour mettre cela en avant. À la fois ce sens et à la fois cette création d’emploi. L’emploi culturel en France, c’est à peu près 450,000 personnes, l’automobile c’est 225,000 donc on est dans des secteurs qui sont porteurs, des secteurs de croissance et en prime des secteurs avec des gens formés et des gens à former.
Qu’est-ce que l’on peut vous souhaiter pour cette nouvelle édition du Forum d’Avignon ?
De très belles rencontres ! Que les gens des différents pays puissent repartir avec des idées qui vont germer tout au long de l’année et leur donner des envies de culture et d’investir dans la culture, des envies de faire vivre la culture. On va célébrer le 50e anniversaire du Traité de l’Elysée en janvier 2013, donc on espère apporter des ferments pour construire une Europe de la culture, parce que je pense qu’on va tous avoir du mal à rêver avec des euro bonds, mais en revanche, la culture peut vraiment être un fer de lance pour ce début de 21e siècle.





Aucun commentaire