Par Raphaëlle Laubie, blogueuse invitée par Orange au Women’s Forum 2012
Une seconde journée au Women’s Forum et l’équipe de blogueuses qui a été formée pour l’occasion a déjà recueilli de nombreuses sources d’inspirations. Céline a été impressionnée par le charisme et la conviction portés par les deux prix Nobel de la Paix : Shirin Ebadi et Leymah Gbowee. J’ai eu le même sentiment. Ce sentiment que le moment fort de cette journée avait été incarné par l’élan et l‘enthousiasme avisé de Shirin Ebadi. Enfin, je revois encore Jessica me vanter le talent et la passion de Kresse Wesling, une des lauréates du Cartier’s Iniative Awards.
Une seconde journée, donc, et un saisissant retour d’expérience de Viviane Reding sur sa proposition d’instauration de quotas au sein des comités d’administration en Europe. Elle souligne que, selon les études, l’arrivée des femmes dans ces comités est un avantage pour de nombreuses entreprises et que – 60% des diplômés des Ecoles et Universités étant des femmes – l’Europe se doit de favoriser l’arrivée de ces talents féminins aux plus hauts niveaux exécutifs. En 2 ans, la progression rencontrée ne fut que de 2% et principalement initiée par la France, passant de 12% à 22%. Viviane Reding avoue que, malgré sa longue et riche expérience à travers de multiples combats menés, celui-ci est de loin le plus difficile et ce, malgré le soutien des gouvernements européens. Elle termine par des exemples concrets comme celui de la Deutsche Bank, qui, ayant constaté de l’avantage financier à porter des femmes des postes à hautes responsabilité, a fait progresser son quota au-delà des 40%.
Puis, la (sublime) salle bondée de l’auditorium du C.I.D accueillait des spécialistes des sciences que l’on appelle «dures» et «molles » (soft and hard skills). Etaient regroupés pour cette plénière Daniel Cohen, un Economiste pragmatique selon ses dires, Juliet Schor, Professeur de Sociologie, François Schneider qui se qualifie de Chercheur en « Décroissance» et Olivier Murguet, Vice-Président de Renault. Pêle-mêle et en dehors des conflits d’opinion entre les genres, on y apprend que la croissance est encore fatalement liée aux émissions de CO2 et qu’il est urgent de décorréler ces deux facteurs. Olivier Murguet souligne le potentiel du développement de l’industrie automobile au Brésil tandis que Juliet Schor insiste sur le fait que ce développement ne se fera qu’au détriment de l’écosystème local. Et même si Renault annonce un budget de 4 milliards de dollars dédié au développement des voitures électriques, les oppositions fusent par craintes des dégâts provoqués par notre industrialisation : «changements et catastrophes climatiques et impacts sur l’écosystème ». La question qui restera en nos mémoires est simple voire simpliste : « la richesse crée-t-elle le bonheur ? » Et pourtant… François Schneider explique que l’humain doit apprendre à freiner son appétence de la surenchère : « Arrêtons d’en vouloir plus, nous échouerons si nous essayons de continuer à développer le PIB ». Il faudrait créer de la valeur pas du volume ! Car, nous dit-on encore, le monde n’en peut plus du volume… Je vous laisse méditer sur cette approche….
Il a été beaucoup question de la Chine au Women’s Forum et me voici à nouveau dans une conférence qui y est consacrée. Il y est question du marché chinois, de son modèle d’expansion et de ce que nous avons à en apprendre. Jean-Yves Naouri, Executive Chairman de Publicis Worldwide, explique que les mentalités ont évolué à un pas accéléré depuis 5 ans. La Chine était auparavant considérée comme l’ « Usine de Fabrication du Monde », consommant peu, épargnant beaucoup…Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La Chine a un marché propre et ce marché est énorme, et se compte en billions. Hong Jing, qui est brillantissime, “Rising Talent” et a accessoirement une encyclopédie de statistiques économiques en mémoire, nous annonce 5 billions en 2035. Jean-Yves Naouri est principalement attentif à deux phénomènes pour toute entreprise qui voudrait pénétrer ce marché chinois : i) le protectionnisme du pays, « en Chine, on achète chinois !», ii) les problèmes liés à la propriété intellectuelle, Microsoft y aurait déjà perdu l’équivalent de son budget R&D. Gao Lan, responsable des ressources humaines à Lenovo Chine, est plus préoccupée par la rétention des talents et le moyen de les fidéliser. Elle précise que, parfois, une hésitation de 2 jours sur une décision d’embauche peut jouer en défaveur de l’entreprise qui doit être très réactive dans ses choix. Aussi, « le prix » du talent à forte expertise est devenu comparable en Chine et en Europe. Sylvie Bermann, Ambassadeur de France en Chine, appuie cette assertion en notifiant une hausse des salaires de 15 à 20% par année dans le pays. Et de me rappeler les bonnes résolutions à prendre pour la fin de l’année : se remettre au chinois…
Enfin, dernière séance passionnante pour moi… Les atouts et faiblesses des femmes entrepreneurs illustrées par une femme de terrain et une chercheuse : respectivement Martine Liautaud, fondatrice de Women Business Mentoring Initiative (WBMI) et Margaret A. Neale, Professeur de Management à Stanford. Je suis entrepreneur(e), j’ai un fort faible pour le monde académique et je rentre de Stanford où j’y ai présenté les premiers résultats de ma recherche. Je commence donc la session, attentive, avec en tête le souvenir du soleil d’octobre de Palo Alto, oubliant Deauville la pluvieuse… Margaret A. Neale attaque par la notion des liens faibles et forts (strong and weak ties). Et sans le citer, je crois reconnaître qu’elle partage le point de vue de Mark Granovetter lorsqu’il souligne l’utilité de se concentrer sur des liens de réseau faibles et ouverts sur différentes sphères. Les femmes auraient une prédisposition à créer ce type de lien faibles, les hommes une prédisposition pour les liens forts. Les femmes auraient également une plus forte propension à développer les compétences de leurs équipes dans un échange « transformant », plus que « transactionnel » ou de « prendre et donner » propre aux hommes. Les femmes auraient enfin de faibles compétences en négociation…Et puis de multiples anecdotes, outils, faits documentés nous ont été révélés… ce qui donne envie de lire les multiples travaux de Margaret A. Neale qui illustre bien que les différences entre les deux genres ne s’inventent pas !





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