22

mai

#Cannes2012 Interview de Moussa Touré, réalisateur de La Pirogue


Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce sujet pour le film ?

Vous savez, il y a des sujets que vous n’amenez pas, ils sont là, ils sont juste en face. Quand j’ouvre ma fenêtre, on est au bord de la mer. A Dakar, nous ne sommes pas au bord de l’océan, nous sommes dans l’océan. On voit la mer des deux côtés ; et des deux côtés les gens partent en pirogue. Partir en pirogue c’est facile, mais qu’est-ce qui les fait partir ?

Il y a eu un changement chez nous. Avec 52% de la population qui a moins de 20 ans, il y avait vraiment de l’espoir. Et au milieu de ces douze ans de règne, cela doit faire 6 ou 7 ans de ça, les jeunes ont perdu espoir. Ils se sont dit qu’il fallait aller ailleurs et comme obtenir un visa c’est difficile, ils ont pris les pirogues. Ils les ont appelées Mokabi, qui vient du verbe « se taper la tête » dans ma langue, ou les Barça comme Barcelone, ou Barsakh qui veut dire « au-delà ». Ce sujet était donc là devant moi. Les jeunes ne parlent que de ça.

Il y avait Youssou N’Dour ce matin lors de la projection, cela veut dire que vous avez maintenant un appui au gouvernement ? (NDLR : Youssou N’Dour est le nouveau ministre de la culture du Sénégal)

Ah oui ! Car Youssou vient de la culture. Ce qui nous manquait vraiment et qui manque à l’Afrique, c’est qu’on ne prend pas les gens selon leur « place ». Par exemple, vous êtes chasseur, on peut vous faire ministre de la culture ! Vous savez en douze ans, je crois qu’on a eu 15 ministres de la culture au Sénégal, ça changeait tous les six mois. Donc Youssou aujourd’hui c’est un espoir…enfin non, ce n’est même pas un espoir, c’est une réalité.

Moussa Touré, réalisateur de La Pirogue

Vous le connaissiez déjà avant ?

Nous sommes des amis. Nous avons grandi dans le même quartier. J’ai aussi fait un film sur lui qui n’est pas encore sorti. Et c’est bien qu’il soit là, c’est la première fois que je suis à Cannes en compétition et il est là, il a fait le voyage et on a encore des choses à faire ensemble. Maintenant il faut re-construire les salles de cinéma.  C’est quelqu’un que j’aime beaucoup à titre personnel et professionnel, je connais son travail par cœur et il connaît mon travail par cœur. C’est lui qui devait faire la musique du film mais il m’a dit « tu sais, ça va prendre quatre ans si c’est moi qui fait la musique » ! Nous avons les mêmes racines, nous croyons aux mêmes choses, nous avons le même regard sur le monde : nous sommes des Sénégalais, Africains, avec le monde.

Comment réussit-on à faire du cinéma en Afrique pour réunir du budget notamment et pour les montrer ?

Quand les gens parlent de cinéma en Afrique, ils ne parlent que de fiction alors que l’Afrique est aussi très documentaire. Je suis resté quinze ans sans faire de fiction et pendant ce temps, j’ai fait quinze documentaires qui m’ont emmené partout. Quand je dois faire un film, je me base alors sur mes documentaires et comme cinéma rime avec finances, je choisis des sujets qui ne me coûtent pas cher. Le dernier documentaire que j’ai fait s’appelle « les techniciens nos cousins », c’est sur les moustiques et comment on vit avec ces cousins là ; c’est un film très drôle qui a été sélectionné à Rotterdam. Et quoi qu’il arrive, même avec un documentaire tu racontes une histoire, même si elle est réelle. Donc pour faire du cinéma en Afrique, je crois qu’il faut beaucoup se référer aux documentaires. Et puis trouver de l’argent pour faire des films en Afrique, jusqu’à présent c’est impossible. Mais il y a de l’espoir car un fond africain vient d’être créé et avec les politiques qui s’impliquent, on va y arriver, il y a des nouvelles choses qui arrivent.

Comment êtes-vous devenu cinéaste ?

C’est par malheur. Parce que mon père est mort quand j’avais 14 ans et en tant qu’aîné de la famille, il fallait que je travaille. Je suis allé voir un ami de mon père qui préparait un film, ça a été le premier travail. Pour le deuxième, j’ai appris qu’un film se tournait, avec François Truffaut mais je ne savais pas qui c’était, et j’y suis allé! J’ai appris très vite, je travaillais dans la lumière, je suis devenu chef très rapidement…et Tavernier est arrivé avec Coup de Torchon.
NB : Maniac est co-produit par Studio 37

céline louis

responsable éditorial

+

responsable éditorial du blog live Orange, passionnée de web, de musique et de photo


Restez informé! Suivez moi sur twitter

Poster un commentaire

Aucun commentaire

Les commentaires sont fermés.