Vendredi 12 octobre – Deauville – dernière journée de conférences du Women’s Forum
J’ai pris place dans l’agora pleine à craquer pour assister à la session animée par Lenovo sur une question cruciale : « women and power : taboo or new model of governance ? » Cette conférence restituait les résultats d’une étude menée par Viviane de Beaufort en partenariat avec Lenovo et l’ESSEC entre autres. Une cinquantaine de femmes venues de tous pays ont répondu à l’étude dont l’objectif était de déterminer si les femmes ont une relation différente avec le pouvoir ; si elles l’exercent autrement ; si elles utilisent d’autres méthodes de management ; et au final combattre les stéréotypes. Voici les points à retenir :
- Oui, les femmes ont de l’ambition, elles aiment le pouvoir mais pas juste pour avoir du pouvoir : pour se réaliser, pour sa liberté d’action et de décision, et la possibilité de faire des choses intéressantes
- L’autorité est parfois perçue comme de l’autoritarisme et le pouvoir comme abus de pouvoir ce qui est un frein à l’envie des femmes de détenir le pouvoir car elles sont guidées par d’autres valeurs
- L’ambition est plus valorisée quand elle se rapporte à un homme et les femmes interrogées avouent devoir se battre pour ne pas être mal perçue dès lors qu’elles montrent de l’ambition
- Les femmes affirment en grande majorité que le pouvoir isole
- Le pouvoir est perçu comme une grande responsabilité qui se traduit par des principes éthiques forts, le devoir de faire changer les choses et une responsabilité vis-à-vis des autres femmes, notamment de la jeune génération
- Les femmes interrogées répondent majoritairement ne pas suivre de plan de carrière mais saisir les opportunités quand elles se présentent et aller là où elles vont pouvoir s’épanouir, plutôt que de rechercher le pouvoir à tout prix
- Les hommes interrogés à l’issue de cette étude confirment que les femmes sont aussi capables qu’eux d’accéder à des postes à responsabilité, les compétences des femmes sont reconnues. Mais ils estiment que les femmes prennent les choses trop personnellement et avec émotion, qu’elles devraient regarder la situation au travers des yeux d’un homme ! – Je précise que ce dernier point a eu le don d’agacer l’ensemble des participantes…Le chemin est décidément encore long à parcourir !
En conclusion : les femmes sont encore minoritaires au pouvoir qui reste l’apanage des hommes car l’ambition est toujours mal perçue pour une femme qui devra se conformer à la norme masculine pour se faire une place et la garder. Elle doivent donc non seulement batailler pour prouver aux hommes qu’elles ont mérité leur place mais aussi contre les autres femmes qui les voient souvent plus dures que les hommes eux-mêmes. Les méthodes de management et la vision du pouvoir restent encore très stéréotypées : le pouvoir inclut dureté, conflit, intransigeance, décision unilatérale, isolement et abus. Pour avancer et évoluer vers un pouvoir plus équilibré, les hommes et les femmes doivent apprendre à collaborer, à communiquer, à s’écouter, accepter leurs différences et apprendre des méthodologies de chacun. Chacun détient des compétences et des qualités qui peuvent s’allier.
Enfin, les femmes doivent apprendre à se projeter en tant que leader et pour cela, il est clairement nécessaire d’apprendre aux filles dès leur plus jeune âge qu’elles ne sont pas faibles et fragiles et qu’elles ont aussi le droit d’avoir l’ambition d’atteindre les plus hautes sphères du pouvoir.

de gauche à droite : Amy Fall-Ndao, Nathalie Delapalme, Raymonde Goudou Coffie, Brelotte Ba, Isabelle Duriez (modératrice)
Cette nécessité de l’éducation des filles était justement l’un des thèmes de la conférence suivante : « reducing education and health inequalities : a priority for social and economic development in Africa. »
Melanne Verveer, ambassadrice des problématiques liées aux femmes auprès de Barack Obama, était présente pour nous confirmer que les progrès étaient palpables mais que la question de l’éducation des filles dans le monde était un véritable challenge. Selon elle, il faut investir les familles et tous les pays sur cette question. Il faut des professeurs qualifiés dans les écoles, il faut que les filles restent à l’école car elle dénonce leur déscolarisation précoce, et il faut leur donner confiance et leur apprendre l’estime de soi. Ces problématiques doivent être portées par les gouvernements.
Nathalie Delapalme de la Mo Ibrahim Fondation, confirme que des progrès considérables ont été réalisés au Sénégal mais plus grâce à l’appui des bailleurs de fonds que de l’implication du gouvernement. Mais elle dénonce un manque de perspective vis-à-vis de l’emploi : « éduquer oui mais pourquoi ? ». Il faut donc penser une stratégie globale pour que l’éducation mène à l’emploi.
Amy Fall-Ndao, responsable Business Development chez Sanofi, poursuit qu’avant de penser à l’éducation, il faut penser à la santé car « un enfant malade ne va pas à l’école ». La nutrition et l’accès à l’eau potable sont essentiels. La formation des personnels de santé est une autre priorité car mis à part dans la capitale, il y a très peu de spécialistes dans les campagnes. La Fondation Sanofi a donc développé des programmes locaux tels que la télémédecine, permettant aux médecins de campagne de se connecter avec les spécialistes des grandes villes ; des programmes de formation e-learning notamment à destination des sage-femmes : 11 000 d’entre elles en ont bénéficié au Sénégal ; et des programmes de prévention via téléphone mobile qui permettent d’envoyer des messages d’alerte en cas de complications sur une grossesse ou de demander une aide au diagnostic à distance.
Brelotte Ba, directeur d’Orange Niger confirme l’utilité du téléphone mobile en Afrique : « un Africain sur deux a accès au mobile, c’est plus que pour l’eau ! ». La téléphonie mobile représente ainsi une opportunité extraordinaire de toucher les hommes et les femmes pour les sensibiliser aux problèmes de santé et d’éducation. Il donne trois exemples qui rejoignent les actions de la Fondation Sanofi :
- La transmission par SMS d’informations de santé comme le poids d’un nouveau-né qui permet de prévenir la malnutrition. Cette information est vitale et pourtant elle manque souvent du fait du coût des transports vers les hôpitaux ou le manque de spécialistes dans les campagnes comme le soulignait Amy Fall-Ndao.
- La télémédecine qui permet l’aide au diagnostic sur des technologies de pointe
- La fourniture de tablettes pré-remplies de contenus éducatifs pour lutter contre les problèmes d’analphabétisation.
Raymonde Goudou Coffie, Ministre Ivoirienne de la famille, de la femme et de l’enfant, rejoint le débat avec cette phrase engagée : « Eduquer une femme c’est éduquer une Nation. J’ajoute que soigner et prendre en charge une femme c’est pérenniser une Nation ». Pour elle, l’alphabétisation des femmes est donc une priorité. Elle donne l’exemple des Institutions de Formation et d’Education Féminine (IFEF) qui ont reçu le soutien de la Fondation Orange, et qui permettent non seulement d’éduquer les adultes, de leur procurer des formations et l’accès à l’informatique mais aussi d’éduquer les petites filles. « L’accès à la connaissance donne confiance à ces femmes qui peuvent ensuite faire des projets. » argumente Madame la Ministre.
Elle défend aussi l’accès au planning familial dans un pays où l’IVG, interdite quelle que soit sa cause, se pratique dans des conditions terribles. Amy Fall-Ndao la rejoint en déclarant que l’avortement est son « cheval de bataille » car au Sénégal seul l’avortement thérapeutique est autorisé. Pour nous prouver de la nécessité de réviser la loi qui n’autorise même pas l’avortement en cas de viol, elle nous donne l’exemple d’une femme n’ayant jamais pu accepter les jumeaux qu’elle a mis au monde après avoir subi un viol et qu’elle a finalement abandonnés. Un exemple parmi tant d’autres.
Le prix « women’s for education » a été remis à l’issue de cette conférence au projet EAST (Eau Agriculture et Santé en Milieu Tropical) développé à Madagascar. Des villageoises y vivent dans des conditions sanitaires déplorables, insalubres et dangereuses. Par exemple, certaines femmes nettoient les eaux usées sans gant ni vaccination anti-tétanos et ce pour 1$ par jour. Le projet EAST à Madagascar a pour objectif de leur apporter confort et santé, de l’emploi, éducation et formation, l’accès et l’assainissement de l’eau potable. Rendez-vous sur le site de l’organisation pour en savoir plus.
L’éducation et la santé restent définitivement deux enjeux majeurs pour les Hommes du XXIe siècle, comme le confirment pourtant déjà les articles 25 et 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme …écrite en 1948. Est-ce que plus de femmes au pouvoir permettront d’améliorer la situation ? Les femmes présentes sur toutes ces tables rondes me laissent à penser que oui, l’avenir nous le dira.






Aucun commentaire