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les secrets du cerveau, l’économie du don, les réseaux sociaux en Chine – Day-3 #WF12

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par Raphaëlle Laubie, blogueuse invitée par Orange au Women’s Forum 2012

Après la soirée de “Gala“ pour laquelle le Casino de Deauville avait été spécialement aménagé… la plénière matinale aux rangées clairsemées trahissait un lendemain de fête difficile.

Mais qu’importe. Cela n’empêche pas la troisième et dernière journée de débuter par une prise de conscience que nous avons tous plus ou moins en tête. Elle a ici le mérite d’être documentée, analysée études à l’appui – effectuées par des chercheurs d’Harvard – et testée en direct par l’audience s’il fallait encore pousser la démonstration jusqu’à l’évidence.

Nathalie Malige, CEO de Diverseo, base son approche sur l’étude du mode de fonctionnement du cerveau. Ray Kurzweil annonce bien que le cerveau nous délivrera bientôt tous ses secrets entre autres “singularités“… Le but, ici, est clair : combattre les distorsions cognitives (voire les automatismes de cognition) pour favoriser l’arrivée des femmes aux postes de hauts dirigeants ; le leader étant le plus souvent associé au genre masculin. Pour rappel, la cognition est le terme scientifique pour désigner les mécanismes de la pensée… Les analyses de Nathalie Malige traduisent donc un mode de fonctionnement du cerveau – en le simplifiant à l’extrême – à deux niveaux et qu’elle nomme accessoirement processeurs. Le processeur n°1 analyse par une cognition réfléchie, le processeur n°2 travestit – si j’ose – cette analyse par des automatismes qui entravent la cognition réfléchie à hauteur de 20% du processus décisionnel. Et compte-tenu des poncifs associant les leaders au genre masculin, cela entrave l’arrivée des femmes aux postes le plus souvent prédestinés aux hommes. Etonnant, non ?

Mais revenons un peu sur les perspectives géopolitiques de la Chine. On s’intéresse, dans cette nouvelle table ronde, à la gouvernance et aux prochains changements à la direction du pays. En effet, le parti communiste devrait voir le départ de son secrétaire général du Parti Communiste, Hu Jintao. L’actuel  vice-président, Xi Jinping, est pressenti pour le remplacer en octobre. Et comme tout pays en période d’élection, la politique y est paralysée et de nombreuses décisions non prises.

Ce sera la cinquième génération de leaders qui gouvernera la Chine. Ces derniers sont mieux éduqués et ont étudié les principes fondamentaux de l’économie occidentale. Il faut espérer que ces atouts auront un poids sur les décisions qui seront prises. Et le peuple chinois, perclus d’incertitudes, cherche ainsi les indications concernant d’éventuelles réformes à venir.

Susan Shirk, spécialiste de la Chine depuis 1971, revient sur la chute de Bo Xilai dénoncé par son bras droit Wang Linjun. L’annonce de la suspension de Bo Xilai du Parti Communiste Chinois a été faite tout récemment, le 10 avril dernier. La raison ? L’épouse de Bo Xilai, Gu Kailai a été condamnée pour le meurtre d’un Britannique à la peine de mort avec sursis. Mais, en fouillant un peu, l’ex-chef de la police de la mégapole de Chongqing – Wang Linjun – ne s’est pas révélé incarner la plus grande honnêteté. Fatalement, Wang Linjun a donc été condamné à 15 ans de réclusion pour abus de pouvoir et corruption. Qu’en retient-on ? Que l’Etat n’est plus au-dessus des lois !  Et Susan Shirk de penser que cette funeste histoire devrait être un catalyseur des réformes en profondeur souhaitées par le peuple. Cette trahison lui étant d’autant plus douloureuse que Bo Xilai, excellent communiquant, affichait des intentions des plus populistes et que la période actuelle donne des signaux alarmants révélant des problématiques structurelles sérieuses avec le ralentissement économique, le ralentissement de la production industrielle, le ralentissement de la croissance de l’exportation…

Hu Shuli, Directeur d’Edition de Caixin Mediaappuie cette opinion en relatant l’émeute des ‘’paysans’’ de juillet dernier. Ils accusaient les dirigeants de les avoir forcé à accepter une expulsion sans dédommagement significatif. Les ‘’paysans’’ sont maintenant plus éduqués, conscients de leur droits et enclins à manifester pour défendre ces derniers. Minxin Pei, Directeur du Centre d’Etudes Stratégiques Keck Center, assombrit les perspectives en arguant que la Chine est à la veille d’une révolution politique face à la corruption, aux grosses inégalités entre citoyens, au coût du logement trop élevé, au niveau d’éducation qui reste encore trop faible… Le peuple chinois a de moins en moins peur du régime en place. Il attend beaucoup de la nouvelle équipe dirigeante et n’hésite plus à faire entendre sa voix. Susan Shirk précise que 300 millions de Chinois utilisent Weibo, le site de microblogging local et que, malgré la censure du gouvernement, celle-ci est de plus en plus difficile à être opérée. Un bon modèle d’évolution pour la Chine serait sans doute celui de la Corée du Sud et de Taïwan. Leur  vision éclairée prône une transition progressive vers la démocratie. La Chine n’est pas non plus à l’abri d’un conflit majeur avec le Japon concernant les îles Senkaku revendiquée par la Chine pour des raisons politiques mais surtout économiques. Enfin, riches de toutes ces incertitudes, le seul fait qui reste sûr et marquant est l’absence des femmes au pouvoir politique. Yan Lan, Directeur Exécutif de Lazard en Chine, s’étonne que le gouvernement français compte 50% de femmes. En Chine, les femmes sont très actives et présentes dans le secteur privé (compétition libre) mais très peu représentées dans le domaine politique.

Le sujet qui suit relate l’économie du don où comment le concept du don associé aux technologies de l’information et la communication permettent de développer le phénomène de consommation collaborative. Si vous souhaitiez revenir à la genèse du concept du don, je vous conseille l’excellent livre de Norbert Alter : Donner et Prendre. Helen Goulden, Directeur de Nesta, explique – s’il était encore besoin de le rappeler – que le phénomène de la consommation collaborative est un mouvement grandissant, reposant sur des concepts classiques de la négociation, de l’échange et du prêt, et les applique à l’économie du 21e siècle. Le marché selon les secteurs d’activité se compte déjà en milliards de dollars et est promis à une progression vertigineuse. Je vous laisse en (re)découvrir les principes en vidéo :

Collaborative Consumption from Nesta UK on Vimeo.

Et enfin, et non moins des plus captivantes, s’ouvre la session sur les réseaux sociaux en Chine, dirigée de mains d’experte par Séverine Arsène, Chercheur au Laboratoire Communication et Politique. Il y a surtout été question de censure et de la façon dont elle était opérée. En Chine, chaque service 2.0 y a son ou ses “copycat(s)“ précise Michael Anti, journaliste et blogueur politique. Pour Google il y a Baidu, pour YouTube il y a Youku et Tudou, pour Facebook il y a Renren, pour Twitter il y a Weibo

Weibo, à lui seul compte 500 millions d’utilisateurs “desktop“ et plus d’un million d’utilisateurs sur mobile. Michael Anti aime utiliser cette image quand il parle de l’Internet en Chine : ‘’C’est vraiment comme mettre les serveurs de Facebook et Twitter à la Maison Blanche, de sorte que les leaders politiques contrôlent tout !’’ Les moyens de la censure ? La “grande muraille du web” ou great firewall, tel est le nom donné au système de filtrage et de contrôle du gouvernement. Cet intranet géant est un outil de contrôle ultra-sophistiqué qui censure la toile à trois niveaux : les noms de domaines, les URL et mots-clés. Un travail scrupuleux est effectué sur les mots-clés qui sont réactualisés très fréquemment. Par exemple, au moment de la chute de Bo Xilai, toute information dégradante le concernant a été mise à disposition du public, le gouvernement passant ainsi allègrement du “lâchage“ politique au lynchage médiatique. D’ordinaire aucune information en ligne n’est disponible sur les leaders politiques… Quoiqu’il en soit, force est de constater que, selon l’expérience des intervenants, la jeune génération “joue“, teste et repousse les limites de la censure. Elle est bien plus “aventureuse“ que les générations précédentes. Et l’utilisation d’outils tels que des proxies, ou des VPNs permet de contourner cette censure, même s’ils ne sont guère utilisés (encore) que par très peu de Chinois actuellement. Mais, malgré son interdiction, Facebook compte en Chine plus plus d’un demi-million d’utilisateurs. Et tant que la Chine (comme la Russie) ne pourra s’affranchir de la gouvernance de l’ICANN sur l’Internet, le risque sans doute bien plus élevé, en terme de pouvoir de censure et de protectionnisme austère sur l’instauration d’un Internet parallèle, ne pourra émerger.

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