par Jessica Gauzi, blogueuse invitée par Orange au Women’s Forum
Jeudi 11 octobre, toujours à Deauville, sous la pluie, avec un moral d’enfer. Car je démarre ma seconde journée au Women’s Forum. Et pour l’introduire, je vous propose de revenir sur les principales initiatives que l’on y retrouve via l’infographie ci-dessous. Donnée intéressante, le prix de la femme pour l’éducation, remis vendredi, récompensera d’une dotation de 30000€ une ONG. L’intégralité de cette ‘infographie, qui retrace les moments clés de la première journée, se trouve sur http://www.womens-forum.com/uploads/assets/press/127_file.pdf
Et nous avons eu l’occasion de reparler d’éducation ce matin même lors d’une dynamique conférence sur l’Afrique. Ou comment trouver les bonnes pistes pour la croissance sur ce continent à la démographie et géographie uniques ?
Animé par la jeune et brillante Tumi Makgabo, ce débat a reçu trois femmes imminentes qui oeuvrent tant sur les enjeux économiques, que politiques, localement. Pour elles, investir dans l’éducation est toujours un facteur clé de croissance, mais au prix d’une éducation de qualité. Car au-delà des ressources naturelles bien connues de l’Afrique, les jeunes sont les ressources humaines qui seront facteur de croissance du continent. Et notamment pour développer le secteur des services, dans lequel les opportunités d’entreprendre pour les femmes sont plus ouvertes.
Mais alors qu’on parle ici de l’éducation des femmes, quid de l’éducation des hommes pour accepter la place des femmes ? selon Abena Amoah, c’est une fausse bonne idée. C’est notre attitude que nous devons changer, en « prenant la parole, tout simplement ! » pour dialoguer avec nos acolytes masculins.
A cela, Maria Ramos répond que le principal challenge est de parler. De parler beaucoup. Entre générations, entre femmes et hommes. Ça tombe bien, nous aimons parler. Beaucoup. Cela participe du gain et du don de confiance en soi, et en les autres, dès lors que nous confrontons nos idées.
Parmi les besoins pour créer de la croissance qui ont été cités (infrastructures, investissements dans la santé, partenariats entre secteurs public et privé…) l’idée de la collaboration inter-pays émerge, notamment entre les régions Sud-Sud. C’est ce dialogue qui est essentiel, et l’Europe est bien sûr invitée à y participer. Ce serait dommage pour nous de ne pas accompagner la plus rapide évolution économique actuelle de près d’un milliard de personnes.
Nigest Haile (Founder and Executive Director of the Center for African Women Economic Empowerment, and Member of the Jury, Cartier Women’s Initiative Awards) concluera que « le succès de l’Afrique sera une fantastique combinaison de ses ressources et de ses peuples. »
Et parce que le Women’s Forum est justement là pour créer ce nécessaire échange, avec des femmes et aussi des hommes, en voici un qui nous a fait sourire et aimer. Je veux parler de Sanjit Bunker Roy, qui a créé un programme d’entrepreunariat inter-culturel innovant et unique : l’ONG Barefoot College.
En duo avec Cherie Blair, dont la fondation aide les femmes entrepreneurs, ils ont défendu le principe que la croissance vient d’en bas, et y travaillent chacun quotidiennement. Sanjit permet à des femmes illettrées, mères ou même grands-mères, d’Afrique surtout, de devenir des « ingénieures » en énergie solaire. A leur retour chez elles, elles ont les connaissances pratiques pour fabriquer des maisons fonctionnant avec cette énergie durable et accessible. On ne peut qu’aimer cet homme, qui croit dans l’éducation des femmes, à tous les niveaux, et les âges.
Cherie, qui a lancé un service mobile au Nigéria en partenariat avec Nokia pour apporter de l’info (santé, société…) aux femmes, est convaincue que la technologie aide. Cette talentueuse avocate donne en exemple sa plateforme de mentoring en ligne, qui accompagne les femmes pendant 12 mois. Des mentors du monde entier y participent et donnent naissance à des projets. Comme des étoiles, qui font pousser des ailes pour voler plus haut. Comme quoi, les termes entrepreneur et social se marient parfaitement et il faut croire que notre monde n’a plus de frontière quand on parle d’échanges et de technologie.
On ne pourrait aborder le sujet des femmes et de la croissance sans parler de la nouvelle génération, celle que l’on appelle « Gen Y ». Car après tout, le dialogue initié entre les femmes et les hommes, tout autant qu’entre les pays, n’est rien sans la communication intergénérationnelle.
Avec la participation de Delphine Ernotte-Cunci, CEO d’Orange France, trois « Gen Yers » ont échangé sur le terrain de l’employabilité et les valeurs du travail. Car aujourd’hui, deux mondes semblent s’opposer : la génération actuelle, celle qui dirige et qui recrute, et la génération à venir, qui se pose des questions sur leur place dans la vie active et leur raison d’être dans l’économie.
Bien sûr, notre génération (on peut éventuellement me mettre dans la “case” des Gen Y, même si je n’aime pas trop ça) est spontanée, parfois volatile, pressée, ayant plein d’envies, de rêves, et elle a raison. L’ultra-connectivité dans laquelle nous sommes tombées est une chance, une force qu’il faut savoir utiliser à bon escient. Comme pour rentrer en contact facilement avec une leader dans notre réseau, qui pourrait nous aider, nous suggère Myriam Levain. Ça, c’est le côté bénéfique. Et c’est bien une des seules différences entre les générations X et Y -et encore : s’être appropriée les technologies comme outil de communication.
Pourtant, Caroline Ghosn, fondatrice de Levo League (rencontrée par Orange l’an dernier), insiste sur le fait que trop de femmes n’osent pas encore demander de l’aide. Trouver un travail aujourd’hui passe clairement par son réseau de relations. Une étude menée auprès de la communauté féminine, qu’elle a montée en ligne, indique que 95% des Gen Yers ne demandent jamais d’aide ! Qu’attend-t’on pour faire tomber cette timidité qui ne nous ressemble pas ?
Avec son recul, Delphine sait que la confiance est cruciale pour avancer et participe à un « think-tank » sur ce sujet. Cela l’amène aussi à faire du mentoring auprès de jeunes femmes, au travers de l’initiative « nos quartiers ont du talent ». Elle rappelle qu’il ne faut plus se focaliser sur le premier job. On pourra changer, évoluer plus tard, mais il faut déjà développer ses compétences dans la pratique.
Finalement, Gen Y ou X, les femmes sont les mêmes: elles sont dans un combat permanent, qui finira par changer les mentalités. C’est ce que nous confiera d’ailleurs Mercedes Erra, CEO de BETC et fondatrice d’EURO-RSCG, cette femme d’affaires est mère, et a atteint le top management. Interrogée après son intervention surprise dans la conférence sur les stéréotypes des femmes dans les média, elle répète qu’il faut oser. « Oser aller vers les postes clés, ne pas avoir peur de l’ambition, ni de la réussite » tout en «osant rester être femme» !

Lors de la séance sur les stéréotypes de femmes dans les média, Mercedes Erra était l’invitée “surprise”
Ce sera le mot de la fin, le plus positif, qui me fait espérer que l’on avance sur le chemin du mieux… Il y a 8 ans, lorsque Mercedes et ses pairs lancèrent le Women’s Forum, les femmes ne parlaient pas de ces sujets, c’était presque tabou. Aujourd’hui, nous sommes là, nombreuses, 30 ans ou 50, de France et d’ailleurs, à débattre. Alors, dans 8 ans, 2020 nous sourit, et nous reviendrons sur les cas concrets de croissance et de développement qui seront nés de ces rencontres. Il pleut des cordes sur le Centre International de Deauville et seules les bonnes ondes passent à travers les gouttes.







Aucun commentaire