Certains jours au travail peuvent être laborieux et propices à l’oubli. Mais il y a d’autres jours où vous recevez une invitation VIP pour Roland Garros par Eurostar pour regarder un peu de tennis et siroter du champagne. C’est le genre d’invitation que j’ai accepté en à peine 0,2 secondes, et qui m’a laissé des semaines dans une attente impatiente. Le seul « travail » associé consistait à tenir un blog de mes impressions et réflexions du jour. C’est lui sur lequel se fixent peut-être en ce moment vos yeux verts envieux.
Je suis allé deux fois à Wimbledon, et c’est évidemment extraordinaire, mais l’agencement des couleurs se compose entièrement de différents tons de vert. En entrant dans l’enceinte du Court Phillipe Chatrier, à Roland Garros, la première chose que l’on remarque est un panorama plein de contrastes. Il y a l’orange vif incandescent de la fameuse poussière rouge, les panneaux turquoises autour des courts (avec de la publicité, évidemment !), les uniformes rouges des juges de ligne, le mandarine et blanc lumineux des ramasseurs de balles, et le bleu dépouillé du ciel parisien.
Wimbledon est une affaire de vénération et de tradition; la clientèle est principalement constituée de mères au foyer peu sûres d’elles, avec des drapeaux anglais dessinés sur les joues. Pour elles, le «style» est quelque chose qu’elles atteignent péniblement et uniquement à l’occasion d’une marche rapide du week-end, lorsqu’elles veulent se dégourdir les jambes à la campagne. Par opposition, les habitants de Paris sont juste aussi chics, baignés de soleil et porteurs de bijoux que l’on s’y attend. La plupart a probablement filé en première classe en provenance des très semblables tourbillons du Festival du Film de Cannes ou du Grand Prix de Monte Carlo.
Moi-même, j’ai «filé» de Leeds, via un arrêt d’une nuit sur le canapé de mon cousin à Crouch End, au nord de Londres. Son chat m’a réveillé à deux heures du matin. Mon réveil s’est déclenché à 5h15. Le petit déjeuner gratuit dans l’Eurostar de 7h00 a tout de même aidé à atténuer la fatigue, et j’étais fin prêt pour une sortie magnifique.
Nos hôtes, dont l’une nous a guidés du portail principal au salon des partenaires VIP d’Orange, étaient presque entièrement composés de jeunes serveuses et hôtesses absolument éblouissantes. Edouard Austin, mon camarade du blog live Orange, et moi-même, nous sommes accordés sur le champ l’obligatoire coupe de champagne, quelques «amuse-gueules», et sommes allés dehors pour humer l’atmosphère.
Les passerelles et couloirs étaient débordants de couleur et de mouvement. Une journaliste télé glamour a enregistré une séquence à côté de nous. Il y avait une plage provisoire pour jouer au tennis et au volleyball de plage, et des spectateurs se prélassaient autour, tout en regardant les matchs sur grands écrans ou en se promenant entre les courts. Richard Williams, le père excentrique de Serena et de Venus, nous a frôlés juste à l’extérieur de l’entrée des joueurs du Court Suzanne Lenglen.
Nous avons regardé quelques gamins d’à peu près neuf ans essayer une machine d’entraînement au service. En dépit d’une taille d’environ un mètre vingt, certains de ces talentueux petits phénomènes avaient à l’évidence déjà joué au tennis, et atteignaient des vitesses aux alentours de 120 km/h. Edouard et moi avons décidé de ne pas faire la queue, par peur de performances embarrassantes.
Nous avons observé une jolie joueuse, dont nous n’avons jamais pu découvrir le nom, s’entraînant avec deux coaches. Ils lui envoyaient des balles à claquer en retour par-dessus le filet. C’était au moment le plus chaud de la journée, mais ils réalisaient des échanges incessants, l’envoyant à toute allure en tous points de la ligne de fond de court, haletant pour retrouver son souffle. Cela nous a rappelé que, malgré l’agrément de la journée en extérieur pour nous, cet événement était le point culminant d’heures et d’heures solitaires et exténuantes de préparation pour ceux qui fournissent le spectacle.
J’ai regagné mon siège pour regarder les derniers jeux de la pauvre Dinah Pfizenmaier se faisant écraser 6-1 6-1 par la N°1 mondiale Victoria Azarenka. Je n’ai pas beaucoup apprécié la championne de l’Open d’Australie qui s’encourageait du poing et exagérait les cris (même sur les amorties) mais c’est avec délectation que j’ai ensuite eu l’occasion d’assister au match de Roger Federer, opposé à Adrian Ungur.
Je n’avais jamais vu Federer avant en chair et en os, et c’est maintenant quelque chose que je pourrai raconter à mes petits-enfants. Mais ce n’est pas tout : je l’ai vu le jour où il a battu le record de Jimmy Connors de 234 victoires dans les tournois majeurs.
En tous cas, le génie du Suisse n’était pas à son paroxysme. Ungur, le Roumain n°92 au classement mondial, a livré une opposition vaillante au cours de quelques formidables échanges, et a même pris le troisième set au tie-break. Le champion 2009 s’est finalement qualifié en quatre sets, mais même s’il ne s’agissait pas d’une performance très aboutie, j’ai désormais vu «ce» revers et la légende elle-même.
Après un bref déjeuner, nous avons visité le musée souterrain et délicieusement climatisé de Roland Garros. Les attractions principales comprenaient la chemise et le serre-tête de Bjorn Borg, ainsi qu’une collection de l’affiche annuelle officielle du tournoi remontant jusqu’aux années 70. Celle de 1984 a d’ailleurs retenu mon attention.
Et me voilà précisément devant la galerie des anciens champions.
Nous avons circulé entre les courts annexes sous le soleil implacable de l’après-midi. J’ai été stupéfait de la proximité entre les spectateurs et les joueurs. Nous aurions tout à fait pu nous pencher et leur taper sur l’épaule lorsqu’ils s’asseyaient entre les jeux. Nous nous sommes attardés un peu plus longtemps que nécessaire pour regarder ces deux-là. Je vous laisse imaginer pourquoi.
Je suis retourné sur le Court Phillip Chatrier pour regarder le favori local, Gilles Simon, dans un match formidable contre un nouveau venu, en la personne du très prometteur Américain Brian Baker. Le Français a gaspillé un avantage de deux sets, incapable de lire les amorties incessantes de Baker. Il a plié l’affaire dans le cinquième set, accompagné d’une rumeur impressionnante de la foule entassée là. Avant aujourd’hui, je n’avais que peu de considération pour Simon que je considérais parmi les joueurs relativement inoffensifs, situés en milieu de classement mondial. Mais à le regarder en direct, il est clair qu’il possède une personnalité et un jeu séduisants. Je ferai à désormais beaucoup plus attention à lui.
Avant même que je ne m’en rende compte, il était temps de partir. Quelques cadeaux, une bouteille de crème solaire de luxe offerte, une dernière double bise de l’une de ces parfaites hôtesses, et j’étais parti. Retour à la Gare du Nord, et finalement à Londres, une seconde nuit sur ce canapé avec ce satané chat. La merveilleuse impression laissée par une journée – huit courtes heures, un aperçu des coulisses de l’étape la plus élégante du circuit du tennis professionnel mondial.




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